Rechercher
  • loeildutennis

Une affaire de paire

Le temps de cette interview, le natif d’Haguenau, Albano Olivetti, nous partage son vécu du circuit, ses ambitions futures et nous donne son avis sur la situation exceptionnelle que nous traversons.



  • Albano, peux-tu nous dire quelques mots sur la période du confinement, comment tu l’as appris, ce que tu as mis en place pour garder la forme et comment tu t’en sors financièrement ?

J'étais au 15000 $ de Toulouse. J’étais éliminé en simple mais encore en lice en double. Le juge arbitre nous a immédiatement averti et nous n'avons pas pu jouer notre quart de finale. On a dû rentrer à la maison, juste avant d’entendre le soir même l’annonce du président.

Physiquement ça allait parce que j’ai du matos à ma disposition pour m’entretenir, j’arrivais à courir aussi donc je ne suis pas à plaindre, j’avais un peu de place pour travailler le cardio.

En ce qui concerne le tennis, ça m'a manqué, la reprise a été dure…

Financièrement j’ai connu mieux, heureusement qu’il y a un fond de solidarité en France bien que je n’en ai pas bénéficié le premier mois.



  • On entend beaucoup parler de projets de rémunération, de circuits parallèles. As-tu un avis dessus ?

Je crois qu’ils sont encore en train de chercher ce qu’ils vont faire, notamment le nombre de joueurs concernés. L’ATP y perd beaucoup aussi donc je sais pas si elle va être en mesure de nous aider sans la contribution des joueurs.

Concernant les circuits parallèles, je crois que c’est plutôt une bonne chose. Ça peut permettre à quelques joueurs d’avoir un petit peu de compétition, de garder un peu le tennis en vie. Après, ça va très sûrement concerner les élites du tennis, donc à voir…



  • Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours tennistique, un joueur qui t'a marqué, comment l’envie d’être pro t’es venue ?

J'ai débuté le tennis vers 9 ans, à Haguenau, ville où je suis né, ensuite je suis allé au FC Kronenbourg, toujours en Alsace, et ça fait dix ans que je joue au TC Strasbourg, avec lequel je fais les matchs par équipes.

Jeune, j’ai commencé par le foot, puis je me suis mis au tennis et ça m'a plutôt plu. C’est au club de Kronenbourg que j’ai compris que ça devenait sérieux, donc l’envie de m’investir à fond dans le tennis est rapidement arrivée.

Au début, je faisais des aller-retour quotidiennement, domicile CREPS, ce qui était fatiguant, et la dernière année, je dormais sur place. Ça reste une super expérience avec beaucoup de bons souvenirs.

Ensuite je suis allé à Paris pendant 3 ans où j’étais pensionnaire à l'INSEP. C’était plus compliqué parce que j'étais loin de chez moi. J’ai rejoins le CNE vers mes 19-20 ans avant de le quitter.

Je travaille avec Serge Kethel depuis septembre dernier. C'est l'entraîneur avec lequel j’ai travaillé à Strasbourg plus jeune.

J'ai beaucoup apprécié Sampras, bien que je l'ai moins connu, puisque je suis arrivé dans ce monde lors de ses dernières années sur le circuit. J'ai beaucoup aimé Roddick aussi, plus pour son service que son service volée. Sinon je me suis inspiré de la manière de jouer de Tim Henman.



  • Comment s’organisent tes entraînements ?

Mon point de vue est assez variable. Si je reviens de compétition et que j'ai senti un axe qu’il fallait parfaire, je prends plutôt les devants. Mon entraîneur apporte également sa pierre à l’édifice s'il a repéré quelque chose à travailler. Pour moi, la relation joueur/entraîneur, c’est avant tout une relation de confiance et une collaboration.

Le fait que je sois grand (2m02) me dirige plus naturellement sur un travail autour du service et du jeu vers l'avant, parce que ce sont les fondations de mon jeu, et moins sur la répétition de gammes, de rallies du fond du court.



  • John Isner a déclaré que pour les joueurs de grande taille, mettre son jeu en place demande plus de temps. Partages-tu son avis ?

Il a raison. Je pense que lorsque tu as un jeu d’attaque, que tu prends beaucoup de risques, ça se joue sur des détails, sur des prises de décisions, donc il faut un certain temps pour que tout se mette en place. A l’inverse, un joueur plus défensif, met moins de temps à mettre son jeu en place, à l’instar d’un Hewitt.



  • Depuis environ 20 ans, on constate un ralentissement des surfaces, en particulier sur gazon, qui était le terrain de jeu préféré des gros serveurs. On constate aujourd’hui que tu t'épanouis plus sur dur intérieur, en attestent tes résultats à Marseille.

C'est vrai que le ralentissement est assez flagrant, notamment sur herbe. Pour avoir jouer des tournois majeurs sur gazon, notamment Wimbledon, je n’ai pas trouvé que c'était si rapide que ça. Pour être franc, ce n'est pas la surface sur laquelle je m’exprime le mieux. C'est aussi le cas sur d’autres revêtements, je pense aux nouveaux courts en résine, super abrasifs. Le symbole du ralentissement des surfaces c’est la quasi disparition des serveurs-volleyeurs.

Etant moi même un serveur-volleyeur sur premier et second service, j’ai dû m’adapter en particulier sur les surfaces vraiment lentes où je construis mon point en plus de temps.

Si on compare ces surfaces aux autres du circuit, c’est sûr qu’on peut les considérer comme rapides, donc oui ces revêtements me plaisent, mais il n’y a quand même pas que des services gagnants...



  • Même s'il n'a pas été homologué, est-ce une fierté d’avoir battu le record de France du service le plus rapide ? En dehors de ta taille, as-tu un secret pour envoyer de tels missiles ? Cet atout se transforme-t-il en inconvénient ?

J'ai battu deux fois le record national, la première fois j’ai servi à 240km/h et la deuxième, j’ai gagné 3 km/h. J’ai aussi servi à 254 km/h au Challenger de Segovia, en 2012, mais on ne sait pas trop s'il est homologué…

Ma taille aide beaucoup évidemment, sinon le secret c’est le parfait équilibre entre relâchement et force, pas toujours évident et puis il y a un travail de fond en salle pour renforcer l’explosivité et la force.

Au service et au filet, ma taille m’avantage puisque ça m’offre une bonne allonge, mais j’en paye le prix sur tout ce qui est fond de court, au retour de service surtout, pour les déplacements aussi, même si je suis relativement habile pour ma taille.



  • Que penses-tu de l’approche qu’a la fédé sur la dimension mentale du sport de haut niveau ?

A l’INSEP on avait une sorte de bilan obligatoire avec un préparateur mental tous les 6 mois que l’on pouvait intensifier.

De manière générale, c’est plutôt apprécié par les joueurs, et ce n’est peut-être pas assez mis en avant. Même si j'ai beaucoup travaillé avec le préparateur mental de la fédé, Mathis Chamalidis, je pense que si c’était à refaire je commencerais plus tôt et j’accentuerais cet aspect.



  • A propos de la politique de la fédération, as-tu l’impression que de vouloir former un potentiel vainqueur de Grand Chelem à 18 ans est une erreur ?

Pas forcément. C’est pas la sensation que j'ai. Dans mon cas, alors que j'ai commencé à évoluer un peu sur le tard, je n'ai jamais ressenti de pression immédiate de résultats. Et puis, même avec les mecs qui y étaient à mon époque, j’avais pas trop cette impression. Après, peut-être que je me trompe mais je crois que de toute manière, si tu veux former un potentiel vainqueur de GC, il faut déjà qu’il soit bon à 18 ans !

Cela étant, je pense qu’il y aurait quelques modifications à apporter au sein même de la fédé. Par exemple sur l’aspect mental, insister un peu plus dessus…



  • Grégoire Jacq a déclaré qu’à la fédé on travaille plus l’aspect technique que tactique. Partages-tu ce point de vue ?

Ça dépend beaucoup sur qui on tombe. Personnellement j’ai eu deux entraîneurs à la fédé, Laurent Raymond, ancien entraîneur de Fabrice Santoro et Boris Vallejo actuel entraîneur de Pierre Hugues Herbert et on a travaillé autant sur les deux aspects.



  • Apprécies-tu les matchs par équipes ? Ça plait en général ?

Le tennis c’est un sport individuel, quand on choisit ce sport ce n’est pas pour sa dimension collective. En ce qui me concerne, je trouve ça super de pouvoir jouer autrement, puisque durant l’année on est tout seul. Ça change ! Se retrouver pour quelques semaines à plusieurs est très agréable.



  • Un avis sur la réforme de la Coupe Davis ?

Je pense qu’ils ont fait une grosse erreur. Pour en parler avec pas mal de joueurs, on est quasiment unanime sur le fait qu’ils ont endommagé le côté emblématique de cette compétition. Peut-être qu’il y avait des choses à modifier, pour la rendre plus attrayante mais ils l’ont plus détruite qu’autre chose. Quand on voit la première édition à Madrid, il y avait des tribunes vides pour des affiches magnifiques, donc c’est assez dommage…



  • Dans ta carrière tu n’as pas été épargné par les blessures...as-tu une explication ? Et peux-tu nous parler de ta gestion de ces périodes particulières ?

C’est vrai que j'ai souvent eu des pépins physiques. Une très grosse blessure en 2014 alors que j’avais atteint mon meilleur classement (160ème), et d’autres avant, au coude et au genou qui ont freiné ma progression. C’est surtout la dernière qui m’a le plus fait perdre de temps (18 mois).

Mon coude, c’était un petit bout de cartilage qui avait sauté donc il a fallu l’enlever, ce qui a pris un peu de temps. Le genou je suis tombé dessus et j'ai eu une petite fissure. La dernière, l’hernie cervicale, ça a été un accident de voiture, on m’a percuté. Ces trois grosses blessures ne sont pas une conséquence de mon corps qui me lâche.

Lorsque j'ai eu mon hernie cervicale, on ne savait pas si j’allais pouvoir reprendre le tennis puisque mon épaule était paralysée à 80%, ça a été difficile... En revanche, je n’ai pas lâché, j'ai toujours eu envie de me battre pour reprendre. Aujourd’hui, je ne sais pas si j'ai récupéré à 100% , mais je travaille tous les jours pour combler ce petit manque. Cette perte se manifeste plus à la salle que dans mon tennis, donc c’est minime.



  • Comment te déplaces-tu en tournoi ?

Mon entraîneur ne m’accompagne pas sur les tournois, ce qui peut être problématique parce que je me demande pourquoi telle ou telle chose n'a pas fonctionné. De plus, sur certains tournois les courts ne sont pas filmés donc on ne peut pas visionner nos matchs, et ainsi voir ce qui a moins fonctionné.

Parfois, je suis rejoins par ma copine ou un ami. Il y a souvent un français qui part au même endroit, donc c’est plutôt cool. Ces derniers temps je voyage souvent avec Dan.



  • Peux-tu nous parler des services présents sur les tournois Futures ?

Tout est sur le tournoi, mais les prix augmentent d’année en année. Payer 30€ le cordage en GC ce n’est pas embêtant parce que les prize money sont conséquents, mais quand tu dois le payer 15€ en Future, c’est beaucoup plus embêtant, au vu des rémunérations proposées.

Il y a toujours un kiné sur le tournoi, mais il est de plus en plus fréquent qu’il soit payant. Pour un soin de confort, ça se comprend, mais quand c’est un soin de récupération, ce n’est pas normal de devoir payer de ta poche. En revanche, si tu demandes une intervention en plein match, ça reste gratuit... Pour l'instant !

Ce qui est regrettable, c’est que plus le tournoi est important, plus tu as de services gratuits.



  • John Isner a déclaré que pour les joueurs de grande taille, mettre son jeu en place demande plus de temps. Partages-tu son avis ?

Il a raison. Je pense que lorsque tu as un jeu d’attaque, que tu prends beaucoup de risques, ça se joue sur des détails, sur des prises de décisions, donc il faut un certain temps pour que tout se mette en place. A l’inverse, un joueur plus défensif en met moins, à l’instar d’un Hewitt.



  • Stan Wawrinka, dans un "Stanpairo", a reproché aux médias français de mettre une pression négative sur les joueurs nationaux. Partages-tu ce point de vue?

Oui je pense. Et Stan le dit avec beaucoup de recul car il n’est pas français. Mais de manière générale, que ce soit dans le tennis ou dans les autres sports, c’est un peu le cas. On a tendance à voir soit tout blanc soit tout noir.



  • Comment vois-tu ta fin de carrière, ton futur ? Devenir entraîneur pourrait te plaire ?

A l’heure actuelle je ne me projette pas trop. Je n’ai que 29 ans. Quand on voit aujourd’hui que certains jouent jusqu’à 40, on se dit qu’on a le temps de voir venir la suite. Si je me spécialise un peu plus en double, ça permettrait de jouer encore plus longtemps.



  • Une idée de partenaire ?

Avant le confinement, je réfléchissais à cette question. J'hésitais entre me laisser encore une petite chance en simple ou m’orienter davantage en double, parce que je crois que j’ai une carte à jouer dans cette discipline. Je me suis laissé le temps en ce début d’année en jouant en simple et en double pour voir ce que ça pouvait donner, mais comme vous vous en doutez, je n‘en sais pas plus aujourd’hui…

J'ai beaucoup joué avec Dan Added ces derniers temps, on a gagné pas mal de tournois ensemble, ça montre que ça colle bien entre nous. Aux mois d’avril et mai, j’avais prévu de faire des tournois avec Enzo Couacaud car on a eu par le passé de bons résultats.

J’aimerais beaucoup rejouer avec mon pote Pierre Hugues (Herbert), avec qui on formait une belle paire !



Un grand merci à Albano pour le temps qu’il nous a consacré. On espère le revoir très vite affoler les compteurs de vitesse.


165 vues

Posts récents

Voir tout

PLUS QU’ENTRAÎNEURS

Entraîner un jeune joueur de tennis aux ambitions élevées n’est pas toujours simple, d’une part à cause de la pression de responsabilité que peut engendrer les attentes, d’autre part parce que la gest

©2020 par L'œil du Tennis. Créé avec Wix.com