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PLUS QU’ENTRAÎNEURS

Entraîner un jeune joueur de tennis aux ambitions élevées n’est pas toujours simple, d’une part à cause de la pression de responsabilité que peut engendrer les attentes, d’autre part parce que la gestion d’un adolescent peut être délicate. Nous nous sommes donc entretenus avec deux entraîneurs de jeunes espoirs du tennis français, Arthur Cazaux (17 ans) et Antoine Ghibaudo (15 ans), suivis respectivement par Julien Gillet et Julien Demois, auxquels nous avons posés quelques questions.

Julien Gillet aux côtés d'Arthur Cazaux, suivis de Julien Demois et Antoine Ghibaudo


Pouvez-vous nous parler de votre parcours dans le tennis ?

Julien Gillet : Je joue au tennis depuis tout petit, je suis un réel passionné. Je suis monté jusqu’à -15, ai été classé à l’ATP, participé aux championnats de France dans les catégories jeunes, et été joueur universitaire aux Etats-Unis. J’ai rapidement compris que ce que je voulais faire était entraîner. J’ai cette volonté de partager ma passion. Enseigner est une façon de le faire, et je suis extrêmement épanoui dans mon travail. J’ai d’abord travaillé en tant que préparateur physique de la ligue Languedoc, avant de me lancer dans des projets privés, notamment celui de Jade Suvrijn, de 11 à 19 ans, période durant laquelle elle est passée de 30/1 à 345ème joueuse WTA. Me voilà actuellement avec Arthur.

Julien Demois : J’ai joué au tennis à haut niveau. Aux alentours de mes 20 ans j’ai atteint le 75ème rang français et fait partie du top 600 à l’ATP, mais j’ai rapidement su me rendre compte que je n’avais pas la détermination pour aller plus loin. Mes expériences de sparring partner avec des très grands joueurs, écouter leurs coach, m’ont conduit vers un travail d’enseignement. Dans un premier temps, j’ai vraiment essayé de toucher un peu à tout type de mission. Je ne voulais pas être le stéréotype du gars qui a atteint un bon niveau et qui entraîne directement des joueurs ou joueuses en compétition. J’ai donc commencé par le mini-tennis, les cours adultes, puis je me suis lancé dans quelques projets privés, notamment avec un jeune joueur, Arthur Fils (2004), ce qui m’a beaucoup plû. J’ai ainsi démarré ma collaboration avec Antoine Ghibaudo par la suite !


Quand avez-vous entamé votre collaboration avec votre joueur, et où est-ce que vous travaillez ?

J.G. : On travaille avec Arthur depuis qu’il a 13 ans, soit environ 4-5 ans, à Montpellier, dans une structure indépendante de la fédération. Je tiens à préciser que notre collaboration prendra fin en septembre prochain. Nous sommes très contents l’un de l’autre du travail établis pendant ces années, mais avons tous les deux envie de voir autre chose. Arthur a choisi de travailler au CNE dès septembre prochain, tandis que de mon côté, je vais entraîner un petit groupe de jeunes joueurs à Montpellier, dans lequel figurera notamment Timo Legout, récent demi-finaliste de l’Open d’Australie junior et actuellement 15ème mondial chez les Juniors.

J.D. : Ça fait maintenant 2 ans et demi qu’on collabore avec Antoine au sein du comité des Yvelines, à Feucherolles pour être précis ! Pour l’anecdote, notre rencontre avec Antoine s’est faite de manière assez spéciale puisqu’on a commencé à travailler le lendemain de ma prise de fonction au sein du Comité des Yvelines. Antoine partait en tournoi sans entraîneur, on s’est donc rencontré dans l’avion pour la première fois, on a beaucoup parlé, et j’ai appris à le connaître en match ! La mayonnaise a très vite pris, tant avec lui qu’avec sa famille qui est très investie dans le projet de leur fils. C’est assez inhabituel comme rencontre, puisqu’en temps normal, il y a un ou deux mois de “tests”, pour voir si la relation est bonne et peut aboutir à quelque chose de sérieux. Comme quoi, le hasard a bien fait les choses !


Quel est votre rôle aujourd’hui avec Arthur et Antoine ? Comment pourriez-vous définir votre relation avec eux ?

J.G. : Avec Arthur, on travaille essentiellement sur les aspects technique et physique. Je laisse le côté psychologique à une professionnelle, mais évident que le mental se travaille constamment, sur et en dehors du court, donc on en discute beaucoup. On est ensemble toute l’année, je le suis sur chacun de ses tournois, c’est une vraie relation entraîneur-entraîné, mais on s’entend très bien. Arthur est encore jeune, mais c’est un gamin très intelligent, mature, qui comprend vite, et surtout qui est à l’écoute de l’autre. Il s’imprègne énormément de nos remarques et tire profit du maximum à chaque fois. Sa motivation facilite également le dialogue.

J.D. : On est toute l’année ensemble, il a juste un entraîneur quelques samedis dans l’année, Vincent Liégard, qui permet d’apporter un point de vue extérieur à son jeu. Sinon c’est moi qui assure 100% de son suivi, ses entraînements, ses tournois, sa programmation. Si on rentre plus dans les détails, j’ai envie qu’Antoine soit capable de tout faire tennistiquement, qu’il ait un plan A,B,C. En général, lorsqu’on s’entraîne, on part de la tactique, et si un aspect technique bloque, on s’attarde davantage dessus.

En ce qui concerne l’aspect psychologique, on ne se met pas au bord d’une table avec une feuille et un stylo, mais plutôt sur le court en se mettant dans des situations nerveuses, tendues, pour le pousser dans ses retranchements.

Notre relation est très saine. Antoine est un grand bosseur, ce qui facilite beaucoup les choses, il est à l’écoute, adore travailler donc c’est top. Même s’il va commencer à rentrer dans cette phase de l’adolescence qui peut être un peu plus délicate à gérer, c’est un super gamin. Je dirais que je joue plusieurs rôles avec lui, à la fois son coach, mais aussi son confident, car il est en train de découvrir la vie. On arrive toutefois à ne pas tout confondre, on a une relation professionnelle avant tout.


Comment avez-vous géré la période du confinement ? Et comment s’est passée la reprise ?

J.G. : Elle est arrivée à un moment où Arthur était en bonne forme, il jouait bien (sortait d’une finale de l’Open d’Australie junior). Mais encore une fois, sa motivation et son intelligence l’ont fait prendre du recul sur la situation, et lui ont permis de relativiser.

On a été beaucoup en contact, il avait un programme physique rigoureux et régulier, et son niveau de jeu à la reprise était même meilleur que celui avant le confinement, donc ça montre qu’il a été sérieux pendant cette période. Ses premiers résultats en compétition officielle sont très encourageants avec notamment de belles performances au Challenge Elite FFT. Ses deux récentes victoires en CNGT confirment son bon niveau de jeu !

J.D. : Pendant le confinement, on était en contact tous les jours, il avait un entretien physique quotidien, qu’il a bien respecté ! On a repris en tournoi au CNGT du Touquet, ça lui permet de reprendre un rythme progressivement. Les juniors ne reprendront pas avant début septembre, donc on va d’abord se concentrer sur des tournois nationaux comme les CNGT, ou les Futures en France. Jouer ce genre de tournois apporte beaucoup d’expérience pour un jeune de son âge. Se confronter à des joueurs plus âgés, qui ont un style de jeu différent, c’est très enrichissant.

Il est déjà 0, et environ top 5 mondial dans sa catégorie. Bien qu’il ait déjà joué des qualifs de Futures, il n’a pas encore de point ATP, mais la différence de jeu n’est pas flagrante, c’est plus dans la tête que l’écart se crée.


A la fois Arthur et Antoine font partie du dispositif Team BNP Paribas Jeunes Talents ont participé au documentaire de Bein Sport, Bleu Horizon. Qu’est-ce qu’il vous a apporté, et comment l’avez-vous vécu ?

J.G. : Le documentaire Bleu Horizon fait partie de la Team BNP Paribas Jeunes Talents, ils ont des accords avec pour faire des reportages tous les six mois ou tous les ans. Ce dispositif est assez intéressant pour les jeunes puisqu’il leur permet de découvrir le monde extra sportif, au combien développé de nos jours. Gérer l’univers des médias n’est vraiment pas facile, encore moins à 17-18 ans. On a vu que cette pression médiatique a déjà esquinté certaines carrières…

Concernant Arthur, sa finale à l’Open d’Australie l’a mis sous les projecteurs, beaucoup de médias du monde entier lui ont porté attention, ce qui prend du temps et de l’énergie, d’où l’importance d’apprendre à manier cette relation.

J.D. : Antoine fait partie du dispositif Team BNP Paribas Jeunes Talents. Malgré son jeune âge, l’exposition médiatique commence très tôt et n’est jamais facile à gérer. Ce reportage a été réalisé dans le cadre de ce dispositif et a été filmé de manière très réaliste, ce qui nous a plu. Les caméramen n’étaient pas oppressants et ne nous ont pas demandé de filmer des scènes particulières. Ni lui ni moi ne sommes friands de ça, mais on le fait sans souci non plus. C’est une série en cours qui verra plusieurs épisodes à l’avenir.

Antoine apprend au fur et à mesure à faire face aux caméras, il n’a pas de problèmes avec ça, mais ce n’est pas ce qu’il préfère. Me concernant, le moins je me retrouve exposé au grand public, le mieux je me porte ! On a tous les deux du mal à se regarder à la télé, ce n’est pas quelque chose qui compte pour nous.


Julien et Arthur sur les terres New-Yorkaises, Julien et Antoine à Esch, au Luxembourg


Un grand merci à Julien Gillet et Julien Demois pour leur gentillesse. On leur souhaite le meilleur pour la suite !

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