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La Flâme Olympique



Le temps d’un entretien, Pauline Déroulède, victime d'un accident de la route, maintenant joueuse de tennis fauteuil et Aurélie Somarriba, son entraîneuse, se sont confiées sur leur vie, leurs projets professionnels, ainsi que sur leur discipline.

C'était un samedi d'octobre 2018, lorsque la vie de Pauline Déroulède a basculé. Fauchée par un automobiliste âgé de 92 ans, la professeure de tennis est amputée de la jambe gauche. Elle passe presque huit mois à l’hôpital, et ce n'est qu'en février de l'année suivante qu'elle effectue ses premiers “nouveaux” pas...

Son ambition d’être championne paralympique est très vite devenue une évidence, en réalité quelques heures après son opération. Son ambition est un moteur dans sa reconstruction, dans son quotidien et l’aide à dépasser ses doutes. Son choix ne s’est pas porté en premier lieu sur le tennis. En effet, lorsqu’elle se présente au programme La Relève, programme de détection pour Paris 2024, elle candidate pour le triathlon. Mais ce sport présente la limite d’être différencié en fonction du handicap, il est donc possible que d'une olympiade à l'autre, la catégorie pour laquelle l’athlète s’est préparée ne soit pas représentée. C’est après des discussions avec la fédération française de tennis qu’elle opte finalement pour le tennis fauteuil. Son profil d’ancienne joueuse les intéresse grandement, ayant atteint le classement de 2/6 avant son accident. Il n’est pas sans rappeler celui de Stéphane Houdet, multiple vainqueur de Grand Chelem, avec qui ils se sont rapidement appréciés, souffrant du même handicap. Ils ambitionnent par ailleurs de jouer le double mixte en 2024.


Depuis le mois de septembre dernier, à l’instar d’une sportive de haut niveau, elle s’entraîne quotidiennement dans les Yvelines avec son entraîneuse, Aurélie Somarriba, anciennement aux côtés de Yoann Quilliou. Elles ont créé une structure dans les Yvelines, afin de mener à bien ce projet des plus ambitieux (il y a généralement qu'une seule joueuse représentant les couleurs françaises sur les 26 athlètes au total).


Le passage du tennis au tennis fauteuil n’a pas été une mince affaire pour Pauline. En ce qui concerne la technique de frappe, cela s’est passé assez aisément, parce que les coups ne changent pas, hormis le revers qui peut se taper en prise dite du « coup droit inversé ». Mais jouant déjà son revers à une main, “cela ne m’a pas demandé une grande adaptation”, nous confie-t-elle. C’est l’utilisation du fauteuil, beaucoup plus volumineux qu'un fauteuil classique, avec des roues inclinées, qui s’est avérée le plus complexe. L’apprivoiser lui a demandé beaucoup de temps et d’efforts. Au début, toucher la raquette était la récompense d’une bonne séance de technique de fauteuil.

L’adaptation à la surface est tout aussi compliquée. Pousser le fauteuil sur terre battue est naturellement plus physique que sur surface dure, plus lisse que l’ocre.

Comme toute personne privée d’une de ses jambes, Pauline porte une prothèse à la place de sa jambe gauche incluant son genou. Ayant été victime de son accident, elle a bénéficié d'une prothèse très intelligente, avec laquelle elle réussit à circuler et à faire un peu de sport… Elle pâtit beaucoup de l’absence de genou puisqu'elle n’est plus en mesure d’exercer une flexion…

Il n'y a pas que dans l'aspect technique que le tennis fauteuil diffère du tennis valide. Bien qu’un joueur de tennis fauteuil soit considéré de la même manière qu'un joueur valide auprès de la FFT, l'organisation de la saison et des classements est tout autre. Qu’il y ait moins de joueurs et joueuses dans cette catégorie implique tout naturellement qu’il y a moins de tournois à l'année, avec des tableaux bien plus réduits, parfois mixtes. En Grand Chelem et donc à l'international, les tournois masculins et féminins ne sont constitués que de huit participants pour les amputés d'un membre. Pour les Quads, joueurs atteints d'un ou de deux membres supérieurs, ils ne sont parfois composés que de quatre acteurs.

En ce qui concerne les prize money, un tournoi national peut rapporter entre 500 et 5000 euros. A l’international, ils peuvent s'élever jusqu’à 25 000€, bien inférieurs au tennis valide, ce qui s'explique notamment par une très faible médiatisation, bien que dans l’hexagone, le tennis fasse partie des sports les plus développés.

En France, le tennis fauteuil est depuis 3 ans sous la responsabilité de la FFT. Contrairement à la Slovaquie, chez qui le para tennis est une discipline très développée et qui véhicule une image extrêmement positive, la France n'est dotée que d’environ 250 compétiteurs et compétitrices. Les inégalités entre pays s'expliquent d'une part, à cause de l’absence de distinction au sein de la fédé entre un joueur valide et non valide, d’autre part par le manque d'ouverture à cette discipline des clubs. En Ile de France, on compte 63 joueurs et joueuses de tennis fauteuil recensés dispersés dans seulement 19 clubs.

En l’absence de centre de formation, notamment à cause du manque d’infrastructures, les quelques espoirs du tennis fauteuil français sont souvent livrés à eux-mêmes pour s’entourer d'entraîneurs spécialisés, qui se font rares. L’aspect financier est aussi un frein à son développement. En effet, un fauteuil coûte extrêmement cher. Le prix peut avoisiner les 90 000 euros.

Pour y remédier, la fédération a mis en place un dispositif pour les Jeux de Paris 2024. Un DTN est désormais chargé du recrutement des jeunes joueurs et joueuses. Cette initiative s’élargit même à plusieurs sports, puisque le comité olympique souhaite réunir les athlètes valides ou non, dans l'objectif de démocratiser les disciplines para sportives.

En plus de son ambition paralympique, Pauline lutte activement dans la sécurité routière. Son accident a en effet été un vecteur de son engagement. Fauchée par un senior de 90 ans passés, l’Yvelinoise remet en cause l’accès au volant à partir d'un certain âge, proposant notamment des tests d’aptitude à la conduite pour les personnes âgées et sous traitement médical. Sa collaboration avec des personnalités politiques lui permet par ailleurs d’être médiatisée, et ainsi de faire passer son message. Depuis son accident, Pauline a reçu beaucoup de témoignages identiques au sien, ce qui contribue en partie à son dévouement et sa volonté que plus aucune vie ne soit bouleversée à cause d’un excès de conduite... Elle insiste, pour conclure, sur la solidarité qui règne entre ses homologues, et sur la faculté, qu’elle a désormais, à relativiser face à n’importe quelle aventure de sa vie.

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