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Grégoire, un entraîneur (J)acqompli



Tout jeune entraîneur de Jürgen Melzer et d'Edouard Roger Vasselin, Grégoire Jacq nous parle de sa vie, de ses projets et nous donne son avis sur la situation que traverse le tennis national et international.


Pouvez-vous nous parler de votre confinement et comment vous l’avez appris ?

Je devais prendre l’avion direction Indian Wells avec Edouard Roger Vasselin et Jürgen Melzer, que j’entraîne depuis peu. A peine arrivés, nous avons dû faire marche arrière, après un long voyage...

J'étais confiné à Bayonne, avec ma copine soignante. J’ai la chance d’avoir un court de tennis à moins d’un kilomètre d’où j’habite, ce qui m’a permis de taper dans la balle de temps en temps avec un pote. A côté de ça, je me suis maintenu en forme (pompes, gainage…), enfin rien d’exceptionnel, vivant dans un appartement et n’ayant pas de matériel particulier.


Quelques mots sur la situation que traverse le tennis et pour les joueurs ?

Je suis plutôt inquiet pour le futur proche du tennis, ça devrait prendre un certain temps avant que ça reprenne normalement, notamment parce que c’est un sport où nous voyageons beaucoup et pas seul, parce que de nombreux supporters nous suivent. Une question me vient, si un joueur a de la fièvre, qu’allons-nous faire ? Suspendre le tournoi ? Mettre tous les joueurs en quarantaine ? C’est pour ces raisons que je pense que nous serons le dernier sport à reprendre.

C’est une période assez complexe à gérer pour les joueurs et les entraîneurs, ne sachant pas quand la situation redeviendra normale. Pour prendre mon exemple, je n’impose pas une charge de travail insurmontable à Edouard et Jürgen parce que j’ai conscience que pour eux ça n’est pas facile de trouver la motivation pour s’entraîner, ne sachant pas quand ils pourront renouer avec la compétition.



On a pu lire dans la presse que vous entraînez désormais, pouvez-vous nous en dire plus ?

Entraîner a toujours été plus ou moins une évidence pour moi. Dans le passé, il m’est arrivé d’accompagner, sur quelques semaines, des potes du circuit, Benjamin Bonzi et Antoine Hoang ou d’animer des stages de 2-3 jours pour des jeunes de mon club, afin d’essayer de leur transmettre un peu de mon expérience.

L’an passé j’ai passé mon diplôme d’Etat au CNE qui offre une formation accélérée pour les sportifs de haut niveau. A côté de cette formation, je continuais à jouer et c’était une période plaisante où je prenais un certain plaisir sur le court. J’étais dans l’attente d’un projet qui m'intéresse et puis j’ai reçu un appel d’Edouard Roger Vasselin en fin d’année dernière pour me proposer de l’entraîner avec son partenaire de double Jürgen Melzer. Initialement, nous avions convenu d’une collaboration portant sur une dizaine de semaines correspondant à celles des Grand Chelem et des Masters 1000. A notre retour de l’Open d’Australie en janvier dernier, il m’a proposé que nous travaillions ensemble sur l’année.

Il faut admettre que c’est une première expérience difficile à refuser, ce sont des joueurs expérimentés du circuit, qui jouent la gagne sur les tournois sur lesquels ils s’alignent. Et me concernant, le circuit ne me transcende plus autant.



Financièrement votre nouvelle carrière d’entraîneur vous apporte-t-elle plus de garanties ?

En effet. C’est dans cette logique que j’avais déjà délaissé le circuit Future. Les CNGT se jouent sur 2 jours (contre 7 pour les futurs) et ne nécessitent pas d’aller aux 4 coins du monde, donc engagent moins de frais de transports et d’hôtels et garantissent des prize money intéressants (environ 1500 euro).



Pouvez-vous nous parler un peu de votre carrière de joueur, vos débuts, dans quel club vous êtes licencié aujourd’hui et des moments qui vous ont marqué par exemple ?

J’ai commencé le tennis à 3 ans. Mon papa jouant, il m’a tôt mis une raquette entre les mains. Mon premier entraîneur a été François Xavier Paulin et c’est également celui qui m’a le plus marqué. Je jouais à la ligue de Seine et Marne.

Aujourd’hui, je suis licencié au Stade Toulousain, on a une super équipe composée de mecs très sympas et on joue en première division des matchs par équipes. C’est un gros objectif pour nous d’y performer parce que on n’a pas souvent l’occasion de jouer ensemble.

Entre temps, j’ai eu la chance de jouer deux fois Roland Garros en double avec mon meilleur pote du circuit que je considère comme un frère (Benjamin Bonzi). Nous avons fait un 2ème tour en 2018 avant d’être éliminé par Edouard et Rohan Bopanna. On peut dire que c’est mon meilleur souvenir en carrière. J’ai également joué en équipe de France universitaire, une expérience exceptionnelle et un immense honneur de porter les couleurs de l’équipe de France ! J’ai toujours apporté beaucoup d’importance aux matchs par équipe parce que c’est un moment de partage. Peut être que ma volonté d’entraîner vient de là. Pour être honnête avec vous, j’ai un peu souffert de la solitude sur le circuit, donc retrouver les copains était toujours un immense plaisir.



Vous avez déclaré dans L’Equipe qu’il fallait « accepter sa carrière ». Qu’avez-vous voulu dire à travers ces mots ?

Il faut savoir qu’une carrière de joueur passe très vite, les semaines s’enchaînent et au final on joue un peu machinalement. Depuis un petit moment maintenant, je me pose des questions sur mon avenir. En effet, je n’étais pas assez fort pour gagner un Challenger ou battre régulièrement des top 200. Pour autant, j’ai le sentiment de m’être donné les moyens de réussir et d’atteindre mes objectifs, je suis allé jusqu’à m’exiler dans une académie à Montbéliard, moi le parigot. Je m'entrainais l’hiver dans le froid parce que les courts intérieurs n’étaient pas chauffés.

In fine j’ai plutôt un bilan lucide sur ma carrière, sur ce que j’ai fait et sur ce que je suis capable de faire. Ma meilleure performance est un 2e tour de Challenger en sortant des qualifs. J’y ai battu des top 150 et j’ai occupé la 330e place mondiale, c’est déjà honorable. Cependant, j’ai un profond respect pour le type classé 800e qui continue à se battre pour y arriver.

Aujourd’hui je prends une direction qui me branche tout autant. Et j’ai l’ambition de me lancer dans l’associatif en reprenant un club.



Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la politique méritocratique mise en place par la fédération et son approche tactique et technique ?

En France, on est plus axé sur la dimension technique que tactique et je pense que cela peut être un frein dans le développement d’un joueur.

Le travail mental c’est toujours quelque chose de complexe à mettre en place, car chaque joueur a son identité et gère les choses de manière différente. Certaines lacunes mentales peuvent intervenir seulement dans des circonstances bien particulières. On ne peut donc pas copier-coller une méthodologie. La dimension mentale est fondamentale pour gagner un Grand Chelem.

Au sujet de la politique méritocratique de la fédé, il faudrait l’ouvrir un peu plus car cela a installé une sorte de jalousie. Il faut qu’elle sorte du mythe du joueur de 18 ans qui gagnera un GC car il n’existe pas, et s’il existe, c’est par lui-même et non par la fédé. Prenons l’exemple de la Suisse, ils ont 2 joueurs exceptionnels et peut-être qu’ils vont se trouver dans un trou générationnel, à l’instar de la Suède qui attend un successeur à Mats Wilander ou Bjorn Borg malgré la petite parenthèse Thomas Johansson (victorieux de l’Open d’Australie 2002). La fédération devrait plutôt retravailler sur une densité de joueurs français, par exemple le top 100, parce que dans un sport comme le tennis, il est impossible de faire émerger un seul joueur. Et puis s’ajoute à cela un côté aléatoire, il y a un seul Zizou ou Patoche (Platini).

La fédé peut toutefois se vanter d’avoir une belle densité et peut être que les Gaël, Jo, Richard ou Gilles auraient gagner un GC s’ils n’avaient pas concouru avec ces 3 monstres, probablement les 3 meilleurs joueurs de l’histoire de ce sport.

Il faut tout de même reconnaître à Giudicelli la mise place d’une aide financière destinée aux joueurs afin qu’ils puissent rester chez eux et quand même se prendre un entraîneur.



Pour finir Grégoire, avez-vous une anecdote décalée à nous raconter ?

Un moment fun sur le circuit… Alors c’était en Algérie pour un tournoi Future, j’ai passé 4h dans une cellule pour une question de visa. Je jouais deux Futures consécutivement et entre les deux je devais rentrer en France pour un match par équipe. A mon retour en Algérie, la douane m’arrête parce que j’avais un visa avec une seule entrée. Heureusement, la semaine précédente j’avais sympathisé avec l’ambassadeur de France en Algérie qui était venu assister à la finale du tournoi et il m’avait donné sa carte. Comme les autorités ne me croyaient pas quand je leur disais que je devais jouer un tournoi, et ne voulant pas passer une nuit en cellule, j’ai repris sa carte, appelé son numéro et il a débloqué la situation en très peu de temps en m’obtenant un autre visa. J’ai pu jouer le tournoi et atteindre la finale !


Un grand merci à Grégoire pour le temps qu’il nous a consacré. Nous lui souhaitons une belle réussite avec Edouard et Jürgen.


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