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Entretiens avec Laurent Tort et Mathieu Loumagne

Pour jouer au tennis à haut, il ne suffit pas de taper brillamment la petite balle jaune. L’aspect physique est tout aussi important que le maniement de la raquette. Pour en savoir plus, nous avons posé quelques questions à Laurent Tort, kinésithérapeute et ostéopathe diplômé d’Etat, ainsi qu’à Mathieu Loumagne, préparateur physique et mental.

L’entretien de Laurent précédera celui de Mathieu.

Laurent au tournoi ATP 250 de Montpellier Mathieu dans sa salle de sport à Tarbes



BONJOUR LAURENT, POUR COMMENCER, POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER EN QUELQUES MOTS ?

Je suis kinésithérapeute et ostéopathe diplômé d’Etat. Mes activités sont assez variées puisque je travaille pour le tournoi ATP de Montpellier depuis sa création, soit 10 ans. J’y suis resté très fidèle car c’est un évènement que j’affectionne tout particulièrement et dans lequel j’exerce des fonctions de kiné-ostéo.

J'accompagne également certains joueurs sur le circuit professionnel quelques semaines par saison, notamment Richard Gasquet et Thomas Laurent. Par le passé, j’ai collaboré avec Stéphanie Foretz-Gacon et Paul Henri Mathieu.

J’ai également un cabinet libéral dans lequel je pratique l’ostéopathie, ce qui me permet de m’occuper de tous types de patients, ce que j’apprécie beaucoup.



VOUS NOUS AVEZ DIT TRAVAILLER POUR LE TOURNOI DE MONTPELLIER, POUVEZ VOUS DÉVELOPPER LES PARTICULARITÉS DE VOTRE MÉTIER EN TOURNOI ?

Pendant le tournoi de Montpellier, mes journées sont assez denses. Il faut savoir que nous sommes 4 kinés à se partager l’ensemble des joueurs, des qualifications jusqu’aux finales. Sur les 4 kinés présents, 2 travaillent pour l’ATP et deux sont des locaux.

Tous les actes médicaux que nous pratiquons sont répertoriés sur une plateforme sécurisée, accessible à tous les intervenants médicaux. Ceci permet aux joueurs d’avoir un meilleur suivi médical de tournoi en tournoi, et à tous les praticiens de gagner en efficacité dans leur prise en charge.

Le nombre de kinés présents varie surtout sur les Grand Chelem parce que le nombre de joueurs est très conséquent, mais sur les ATP 250-500 et Masters 1000, il fluctue très peu, nous sommes 4 ou 5.

En début de semaine, il y a beaucoup de matchs programmés, donc il peut arriver que des joueurs finissent à une heure du matin, et le temps de faire les soins, on peut bosser jusqu’à 3h du matin. Si le joueur rejoue tôt le lendemain, il va peut-être privilégier le repos aux soins, et on écourtera alors le traitement médical pour favoriser le sommeil. C’est toute la spécificité de notre métier, nous devons constamment nous adapter aux joueurs.

Je me déplace toujours avec mon matériel, à savoir ma table de massage, des élastiques, et des crèmes. Il faut savoir que chaque tournoi a un cahier des charges, intransigeant sur la présence d’une salle de musculation à l’hôtel et sur le site de la compétition.



EST-CE DIFFÉRENT LORSQUE VOUS VOUS OCCUPEZ D’UN JOUEUR PRÉSENT SUR LE TOURNOI ?

Évidemment ! Lorsqu’un de mes joueurs participe à ce tournoi, il y a un risque de conflit d'intérêt. Je dois donc rester neutre vis-à-vis des autres joueurs, ne pas les négliger, et il n’est pas rare qu’un de mes joueurs soit obligé d’être pris en charge par un de mes collègues. Par contre si le temps le permet, je m’occupe bien évidemment de mon joueur, mais sans le privilégier plus qu’un autre.

Et puis il m’est déjà arrivé d’avoir plus d’un joueur dont je m’occupe dans l’année, présents sur le tournoi de Montpellier. Pour la petite anecdote, lors de l’édition de 2016, deux de “mes joueurs” se sont retrouvés en finale du tournoi ! Il a donc fallu que je fasse preuve d’impartialité, accorder le même temps aux deux, sans en avantager un plus que l’autre. C’était assez amusant comme situation !



LORSQUE VOUS ÊTES EN TOURNOI AVEC UN JOUEUR, COMMENT SE DÉROULE LA SEMAINE ?

Lorsque je me trouve dans ce cas-là, on arrive 2-3 jours avant sur le site du tournoi. Le premier jour, vous vous en douterez, on travaille sur les petits bobos, et on commence toujours par un chek-up en ostéopathie pour tester les pertes éventuelles de mobilité tissulaires et articulaires. Il faut que le joueur soit à 100% de ses capacités physiques, et que son système articulaire, musculaire, vasculaire, aponévrotique puisse fonctionner au mieux.

Sur un jour de match, on commence dès le réveil par du stretching postural, 5 à 10 minutes avant le petit déjeuner, ce qui permet de passer d’un état de sommeil à un état de pratique sportive et de stimuler les capteurs proprioceptifs. Une fois le petit dej’ terminé, nous allons sur le lieu d’entraînement. On commence par un échauffement de 20-30 minutes sur table. On soigne les petites douleurs d’avant match s’il y en a. Une fois le match fini, on fait beaucoup de récupération notamment soigner les bobos, massages, stretching, relaxation… Et on vérifie à nouveau en ostéopathie toutes les mobilités tissulaires.

On travaille en étroite collaboration avec le joueur et son entraîneur. Certains joueurs disent que le kiné est encore plus important que l’entraîneur, mais il ne faut pas le dire…! Blague à part, nous sommes très proches des joueurs, nous avons une relation assez unique et c’est ce qui rend notre métier vraiment extraordinaire.

La majorité des joueurs préfèrent travailler avec un kiné-ostéopathe. D’être seul à s’occuper d’un joueur permet d’encore mieux le connaître, donc d’être plus pointu dans les soins qu’on lui apporte.



POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DES PARTICULARITÉS DE VOTRE RÉMUNÉRATION ? LORS D’UN TOURNOI COMME CELUI DE MONTPELLIER MAIS AUSSI À L'ANNÉE AVEC LES JOUEURS DONT VOUS VOUS OCCUPEZ.

La rémunération sur les tournois est assez simple, on a une note honoraire fixe sur la semaine. Comme je l’ai dit précédemment, en début de semaine, les journées sont très longues, nous commençons vers 8h30 et terminons parfois vers 0h30-1h. Le tournoi avançant, le nombre de joueurs diminuant, nous avons moins de travail donc je peux rentrer au cabinet en fin de semaine.

En ce qui concerne mon travail annuel avec les joueurs, je leur demande un forfait fixe pour la semaine d’accompagnement en tournoi. Certains de mes confrères demandent un pourcentage sur le prize money. Je trouve que la limite de cette rémunération c’est que le kiné peut avoir tendance à délaisser l’intégrité physique du joueur en l’incitant à jouer par souci d’appât du gain. Nous signons donc un contrat en début de saison afin de savoir sur combien de semaines notre collaboration va porter !



SUR LES TOURNOIS FUTURES, QUE LES FRAIS DU KINÉ SOIENT À LA CHARGE DES JOUEURS EST DE PLUS EN PLUS FRÉQUENT. AVEZ-VOUS UN AVIS SUR CETTE NOUVELLE PRATIQUE ?

Bien évidemment, je trouve très dommage que les joueurs et joueuses engagés sur les tournois Futures soient parfois obligés de payer leurs soins de kiné ou d’ostéopathie, d’autant plus que leurs rémunérations sont très faibles. Il serait souhaitable de redistribuer un peu plus équitablement le prize money ou aider un peu mieux ces petits tournois à fonctionner dans des conditions plus proches de ce qui se fait chez les plus grands.






Préparateur physique et mental, Mathieu Loumagne


BONJOUR MATHIEU, POUR COMMENCER, POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER ET NOUS EN DIRE PLUS SUR VOTRE PARCOURS ?

Après plusieurs expériences en tant qu'entraineur, je me suis spécialisé dans la préparation physique. J’ai monté une salle de sport à Tarbes, ville dont je suis originaire. Tous les profils de sportifs sont les bienvenus : du débutant au sportif de haut niveau.


J’ai une formation assez classique, j’ai capitalisé ma passion du sport avec un master en STAPS spécialisé en préparation physique et mentale. Après mes études, j’ai fait de la préparation physique en rugby et du coaching privé notamment en golf et judo dans des salles de sport. Fort de ces expériences, j’ai compris que les sportifs sont à la recherche d’un suivi personnalisé pour atteindre leurs objectifs, peu importe leur niveau. De fil en aiguille, je me suis fait un petit réseau de sportifs, ce qui m’a permis de monter cette salle de sport.


En parallèle, je pratique l’haltérophilie (championnats fédéraux) et le crossfit, (50ème français). Cette expérience du haut niveau me permet d’optimiser mes entraînements en testant certaines méthodes d’entraînement sur moi, tant sur la préparation physique que mentale.

Je donne au quotidien le meilleur de moi-même car il faut être un exemple pour les personnes dont on s’occupe.



QUELLE VISION PORTEZ-VOUS SUR LA PRÉPA PHYSIQUE ? ADOPTEZ-VOUS LES MÊMES MÉTHODES EN FONCTION DES SPORTS ?

La prépa physique est différenciée en fonction de chaque sport et même en fonction de chaque sportif pratiquant la même discipline. Au tennis par exemple, certains ont besoin de travailler leur vitesse de réaction, d’autres leurs appuis, donc chaque programme est différent selon chacun.


Dans la prépa physique, on tient compte de la nutrition. Je n’ai pas de formation dans ce domaine, mais j’ai testé pas mal de régimes alimentaires afin d’avoir une expérience professionnelle et renseigner correctement mes athlètes. Ce sont plus des conseils que des directives, on veut prévenir la blessure et optimiser la performance. Les blessures sont souvent dues à l’alimentation, un surplus d’acidité. Il arrive que certains sportifs consomment trop de protéines et pas assez de légumes, donc accumulent trop d’acidité, et augmentent le risque de blessure.



VOUS VOUS ÊTES AUSSI FORMÉS À LA PRÉPARATION MENTALE, POUVEZ-VOUS NOUS EN PARLER ?

La prépa mentale est encore peu connue chez les sportifs, en tout cas souvent redoutée. Certains ont tendance à voir ça comme de la psychologie, ce qui fait un peu peur. En réalité, elle va du coaching de vie à l’imagerie mentale, lever des blocages, des doutes et des appréhensions, dues à une blessure. Inculquer un discours positif est quelque chose qui vient avec le temps quand la confiance s’est installée entre le sportif et l’entraîneur.

Elle est toutefois très importante, presque primordiale. Comme pour la prépa physique, elle est différente pour chaque athlète, prend en compte la personnalité, les besoins. On a déjà eu une skieuse qui s’est rompue les ligaments croisés, avec 9 mois de réathlétisation, et donc gros blocage psychologique, jamais de projection positive, elle ne se voyait pas réussir à skier à nouveau. On est donc parti sur de l’imagerie mentale, sur de la recherche de sensations, de l’imagination à la réussite... Au bout de 2 mois, elle a totalement changé de mentalité, elle se voyait à nouveau skier, gagner des courses…

Ça peut aussi prendre une autre forme. Certains vont davantage se focaliser sur ce qui est contrôlable, sur la manière dont ils peuvent pratiquer, sur leurs sensations et ressentis. Tout cela stimule le cerveau de manière positive !

Si on devait retenir une chose là-dessus, c’est qu’à partir du moment où l’athlète fait confiance à l’autre, se fait confiance et croit au projet, les résultats sont en général très bons.



CES DEUX ASPECTS SE TRAVAILLENT-ILS SIMULTANÉMENT OU SONT-ILS TRÈS DISSOCIÉS ?

On a tendance à plus travailler les deux préparations simultanément, mais encore une fois, tout dépend des besoins de l’athlète. On prévoit des séances de prépa physique, moins de prépa mentale. On peut commencer chez soi puis faire des séquences d'entraînements de prépa mentale.

Chaque jour on a des milliers de pensées négatives, donc enlever ces blocages passe par un travail de fond.



UN DERNIER MOT SUR DES ENVIES FUTURES OU DES PROJETS QUI SE METTENT EN PLACE ?

Accompagner un sportif de haut niveau pourrait être très intéressant, ce genre d’athlète a des demandes très précises. A terme, mon objectif serait d’encadrer des sportifs de très haut niveau.

Mais en ce qui concerne le présent, j’offre la possibilité de faire des stages de prépa physique intensifs de quelques semaines, dans ma salle à Tarbes. Certains sportifs de haut niveau sont déjà venus pendant quelques semaines pour préparer une échéance particulière, mais l’objectif serait d’ouvrir ce type de formation à tout public.

On a aussi et surtout crée un programme de préparation physique, BeMoreAthletic. A réaliser sur 8 semaines, c’est un manuel que l’on retrouve en ligne et qui amène à devenir athlétique ou encore plus, à améliorer ses performances dans son sport de prédilection !


Nous tenions à remercier Laurent et Mathieu pour leur gentillesse et la qualité de leurs réponses ! Nous leur souhaitons bon courage pour la suite, chacun dans leurs projets personnels !

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