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Entretien avec Julien Varlet





Ancien joueur de tennis professionnel de 1996 à 2005, il atteint la 120e place au classement technique et la 50e à la Race à son zénith. Il est aujourd’hui consultant pour le groupe Canal Plus et œuvre également aux côtés de son compère Benoît Maylin sur Winamax.

Au cours de cet interview, Julien Varlet nous livre son point de vue sur l’évolution du circuit professionnel, sur la période exceptionnelle que traversent les joueurs et nous fait part de ses projets.


Julien Varlet constate que le niveau moyen du circuit s’est nettement densifié dans le top 150 depuis la fin de sa carrière. En effet, il n’est pas rare de voir des joueurs classés au delà de la 100e place mondiale battre des joueurs du top 50. Il va plus loin dans sa comparaison en prenant l’exemple des premiers tours de Grand Chelem pour les cadors du circuit. Le statut de tête de série protège ces joueurs puisqu’ils n’affrontent pas d’autre tête de série avant le 3e tour. Pour autant, ils ne peuvent pas se permettre de jouer leurs premiers tours à moitié sous peine d’élimination précoce, à l’instar de Federer, éliminé au 2e tour de Wimbledon en 2013  par Stakhovsky, classé 116e à l’ATP, de Nadal éliminé au 1er tour de Wimbledon la même année  par Darcis, 135e joueur mondial à l’époque, ou de Wawrinka alors 9e mondial, éliminé au 2e tour de l’Open d’Australie 2018 par Sandgren, seulement 97e joueur mondial. 


Au sujet de la situation actuelle, Julien Varlet insiste sur sa dimension exceptionnelle. Il la compare à une période de blessure car elle se caractérise par un certain nombre d’incertitudes, notamment au sujet d’une date de retour à la compétition. De plus, c’est un temps durant lequel on ne peut pas s’entraîner donc progresser (à l’exception des joueurs disposant d’un court de tennis ou de beaucoup de place et de matériel), mais seulement s’entretenir donc limiter la perte de forme. Un retour à la normale s’avère donc compliqué, sans compter que les joueurs viennent de divers pays soumis à des règles de confinement différentes. Ainsi l’équité sportive sera difficile à trouver. Il prend l’exemple de la Suisse où le confinement devrait s’achever fin avril ainsi que celui du Danemark qui n’a pas pris de mesure de confinement.

Cette période demeure source de frustration pour tous les joueurs, peu importe le niveau. Une seule envie les anime, reprendre leur raquette !  

Pour remédier à cette absence de compétition et relancer l’économie du tennis, Patrick Mouratoglou, actuel entraîneur de Serena Williams, propose la mise en place d’un circuit privatisé parallèle à l’ATP. Toutefois, un certain nombre d’inconnus subsistent. Thierry Ascione, directeur du tournoi de Lyon depuis 2017, a lui aussi lancé un projet en collaboration avec la FFT : un circuit qui se jouerait entre Marseille et Monaco donc limiterait les voyages car une bonne partie des joueurs du top 100 réside dans la principauté. 

Pour les joueurs professionnels, cette période est synonyme de turbulences économiques avec les annulations des Interclubs, des tournois futurs, des challengers et des ATP250-500, Masters 1000 et Grand Chelem. Les joueurs ne voient plus leur compte en banque crédités. La situation est  plus facile à gérer pour certains. Pour justifier son propos, Julien Varlet compare la situation de Grégoire Barrère avec celle de Lucas Poullain. Le premier a intégré le top 100 depuis 7 mois et a empoché environ 150 000 euros depuis le début de la saison, tandis que le second, actuellement 541e mondial, n’a gagné que 5000 euros. Une fois les différents frais soustraits, il ne lui reste pas grand-chose. Cet exemple démontre bien qu’il faut œuvrer pour une meilleure répartition des prize money.


Nous avons alors évoqué les projets de fonds de solidarité. Le premier, à l’initiative d’Atton&Price concerne les joueurs classés entre la 50e et la 250e place ATP et WTA confondus. Le second, porté par Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer concerne les joueurs classés entre le 250e et 700e rang mondial. Il se dit évidemment favorable à ces projets bien qu’il y aura des oubliés. D’autant plus que certains joueurs ne peuvent pas compter sur le soutien de leur fédération.


Au sujet de la reprise du circuit et de la volonté du Président de l’ATP Andrea Gaudenzi de maintenir 3 Grand Chelem et 7 masters1000, Julien Varlet considère qu'au vu de la situation actuelle, il est prématuré de se poser ces questions. Et si ces questions deviennent des problèmes, c’est que nous serons sortis de cette crise donc ce sera de « bons problèmes » nous dit-il. 

Des problèmes de calendrier se poseraient alors. En effet, le Rolex Paris Master ne peut être décalé car l’Accor Hôtel Arena, accueillant le tournoi est déjà réservé pour des concerts. Il y a aussi des contraintes météorologiques. Prenons le cas de Roland Garros qui devrait se jouer en septembre, période où la météo est incertaine, ou le tournoi de Rome prévu en octobre où les jours tombent tôt et les températures sont fraîches à cause de l’humidité. Les tournois de fin de saison se jouent en indoor à cause de ces contraintes. Il faudrait alors concilier les tournois indoor et outdoor et ainsi demander une plus grande adaptation aux joueurs quant aux conditions et aux surfaces de jeu.


Nous avons également évoqué le tennis fauteuil. Julien Varlet, proche de Michael Jeremiasz, champion olympique de tennis fauteuil à Rio en 2016, pense que la France est en retard, pas uniquement sur un plan tennistique. «Nous avons beaucoup de choses à parfaire notamment au niveau de leur accueil », rajoute Julien. Par rapport aux fédérations de tennis anglaise, américaine ou australienne, la fédération française ne promeut pas assez le tennis fauteuil. Toutefois la perspective de Paris 2024 devrait permettre de progresser re va permettre de faire des pas de géants. 


Enfin, Julien Varlet nous a parlé d’un projet ambitieux qu’il a fondé avec son associé Laurent Marchal. Appelé la « Race Challenger France », il ambitionne de mettre en lumière les jeunes joueurs français dans leur quête du haut niveau. Ce projet se veut en plus respectueux de l'environnement. et s’engage sur la charte des 15 engagements éco-responsable du ministère des sports et de WWF France. 

Nous le remercions chaleureusement pour le temps qu’il nous a accordé.


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