Rechercher
  • loeildutennis

Entretien avec Audrey Albie (389ème joueuse mondiale)

La périgourdine d'origine, Audrey Albie nous parle sans langue de bois de son quotidien, du dopage dans le tennis et du flexitarisme.



Audrey, peux-tu nous dire comment tu as appris que nous serions confinés et nous raconter ton quotidien pendant cette période particulière ?

Comme beaucoup de français, j’ai appris la nouvelle lors de l’allocution du président Macron. Avec mon copain, on a décidé de retourner chez mes parents.

J'ai réussi à m’entraîner parce que j’avais un peu d’espace, un court à 300 m ce qui m’a permis de taper un peu notamment avec mon copain. J’ai eu régulièrement mon entraîneur au téléphone qui m’a donné des directives.



Financièrement, comment t'en sors-tu ?.

Financièrement ça va parce qu’en temps normal je ne suis pas très dépensière, j'ai réussi à mettre un peu de sous de côté. Je bénéficie aussi de l’aide de l’Etat grâce à mon statut d’auto-entrepreneuse. Sur du long terme ça peut devenir compliqué, notamment parce qu'il faut continuer à payer l'entraîneur.

Je n'ai pas sollicité mes sponsors pour avoir plus de matos notamment parce que j'ai pas mal de balles à ma disposition .



Peux-tu nous parler de ton parcours tennistique ?

J’ai commencé à coté de Sarlat, au TC Périgord avec Thomas Anglade. Ma maman était la présidente du club et mon frère jouait aussi. Ensuite, j'ai été repérée par le comité de Dordogne.

J'étais en sport études jusqu’au bac avec le CNED. Si c'était à refaire, je ne choisirais pas cette formule, je regrette un peu d'être passée par là. Je trouve que la programmation entre le tennis et les cours a été mal faite. Sortir de 5h de tennis et enchaîner avec deux heures de maths, c'est pas toujours facile pour la concentration… (rires...).

Je ne suis pas passée par le cercle fédéral, je n'en avais pas l'envie, parce que être à l’INSEP ou au CNE, ça oblige à être dépendant, et je n’aime pas être enfermée, j'aime me déconnecter une fois mes matchs ou entraînements finis.



Avec qui te déplaces-tu en tournoi ? Et que penses-tu des services proposés sur place ?

Je voyage souvent sans mon coach, mais très souvent accompagnée d’une amie joueuse.

Si c'était dans mes moyens, je n'hésiterais pas une seconde, mais j'ai pris l'habitude de voyager seule et ça me fait du bien de temps en temps.

En ce qui concerne les services sur place, le cordage est à la charge des joueuses. Quant au kiné ça varie en fonction des tournois et des soins demandés, une blessure c'est toujours gratuit, mais lorsqu’il s'agit d'un soin de récupération, il est de plus en plus fréquent que ce soit à nos frais.



Peux-tu nous parler de tes entraînements tant sur le plan tennistique que mental ?

Je joue pas mal avec mon entraîneur qui a été bien classé ou des licenciés de ma région car ils sont assez nombreux à bien taper dans la balle.

Avec les filles c’est plus compliqué… L’écart de niveau se voit plus et elles ont davantage tendance à baisser les bras, contrairement aux garçons.

Je suis accompagnée d’un hypnothérapeute depuis 3-4 mois maintenant. On travaille sur des exercices de relaxation qui me permettent de me poser et me relaxer. Il est essentiel de ne pas laisser ses traumatismes prendre le dessus, parce que ça peut rejaillir sur le terrain, ce qui devient très néfaste. Il faut d'abord guérir la femme avant la joueuse.



As-tu un souvenir qui t'a marquée, en junior ou chez les adultes ?

Je n’ai pas beaucoup joué chez les juniors (seulement deux tournois). Mon club ne trouvait ça ni judicieux ni pertinent. J'ai commencé le circuit sénior vers 15-16ans.

Chez les séniors, ma victoire au 1er tour des qualifications de Roland Garros était juste exceptionnelle. L’ambiance est incroyable, le public est très proche, te soutient énormément et te galvanise. Sur tout le 3e set je sentais la ferveur, c'était une sensation magique.



Y a-t-il eu un joueur ou une joueuse que tu as particulièrement apprécié ?

Jeune, j'étais une grande fan de Maria Sharapova. Quand on a appris qu'elle se dopait, j'ai été extrêmement déçue, ça a cassé tout le mythe de cette championne.



A ce propos, peux-tu nous parler des contrôles anti-dopage ?

Les histoires sortent de plus en plus en matière de dopage et ça gâche toute l’image que l'on a du joueur ou de la joueuse.

Avec mon classement, je ne suis pas soumise aux règles de localisation. Par contre, sur les tournois WTA, tu es systématiquement contrôlée. C'est un protocole assez spécial et pas forcément très agréable, puisqu’on te suit de très près pour uriner, donc en terme d'intimité c'est pas fameux... Surtout quand tu as transpiré pendant deux heures, il faut beaucoup boire pour récupérer l'eau perdue, et ça peut parfois prendre jusqu'à deux heures avant de pouvoir faire le contrôle….



As-tu une petite anecdote du circuit à nous raconter ?

Ce n'est pas vraiment une anecdote, mais plus un fait intéressant. Avec mon copain, on est devenu flexitarien. Pour la petite histoire, après un mois sans avoir mangé de viande, sur un tournoi en France, je joue deux matchs dans la journée, pleine balle, sans baisser en intensité. Le lendemain, je déjeune des protéines animales avant mon seul match de la journée, et je me suis sentie beaucoup moins à l’aise physiquement sur le court... sûrement parce qu’elles sont plus compliquées à digérer.



Peux-tu nous en dire plus sur ton régime alimentaire ?

Depuis novembre dernier, on a énormément réduit la viande. Remplacer les protéines animales par des protéines végétales n'est pas facile, les repas deviennent vite redondants. Une journée type se compose de fromage blanc, céréales et œufs au petit déjeuner, de galettes, féculents et légumes pour le déjeuner et le dîner. De plus, le goût n'est pas toujours au rendez-vous donc ça nous arrive de retourner à la viande. .

Cependant, avec le confinement, on a fait une entaille à notre régime...avec des parents qui travaillent dans la viande, c'est compliqué d'y échapper…(rires…).



Merci Audrey Albie pour le temps consacré et la qualité des réponses. Bonne continuation et à bientôt à Roland Garros et l’US Open !


0 vue

©2020 par L'œil du Tennis. Créé avec Wix.com